Time Machine recopie le disque entier toutes les heures sur un volume externe. iCloud Drive maintient les mêmes documents à l’identique sur chaque appareil relié au compte Apple. Les deux services travaillent sur les mêmes fichiers sans jamais se parler. Apple ne prévoit aucune passerelle entre eux. Le vrai problème se situe ailleurs : activé avec son réglage par défaut, iCloud peut vider une sauvegarde Time Machine de sa substance sans afficher le moindre avertissement.
Deux mécanismes qui ne font pas le même travail
Time Machine tient un historique daté
L’outil se configure dans Réglages Système > Général > Time Machine, où le bouton « Ajouter un disque de sauvegarde » attend un volume formaté en APFS. C’est une exigence depuis macOS 11 Big Sur : les disques restés en HFS+ continuent de fonctionner, sans profiter des instantanés.
La rétention obéit à une règle fixe : une sauvegarde par heure sur les dernières 24 heures, une par jour sur le mois écoulé, une par semaine au-delà, jusqu’à saturation. macOS efface ensuite les plus anciennes. Le disque de démarrage garde en plus ses propres instantanés pendant 24 heures, listables en une commande :
tmutil listlocalsnapshots /
Ces instantanés rendent service quand le disque de sauvegarde est débranché depuis trois jours et qu’un document a été écrasé ce matin.
iCloud Drive réplique un état courant
La synchronisation s’active dans Réglages Système > [votre nom] > iCloud > iCloud Drive, avec l’option « Dossiers Bureau et Documents » qui embarque ces deux emplacements. Un fichier supprimé sur le Mac disparaît de l’iPhone en quelques secondes. La réplication ne fait pas de tri entre une suppression volontaire et une fausse manœuvre.
Il existe un filet, souvent ignoré : les éléments retirés d’iCloud Drive restent récupérables 30 jours sur iCloud.com > Récupération de données > Restaurer les fichiers. Passé ce délai, plus rien. Le compte gratuit plafonne à 5 Go, l’entrée de gamme iCloud+ commence à 50 Go. La bibliothèque Photos suit une logique voisine, avec ses propres suppressions récentes conservées 30 jours.
Le piège de « Optimiser le stockage du Mac »
Cette case, cochée par défaut dans les réglages iCloud Drive, autorise macOS à libérer de la place quand le disque de démarrage se remplit. Le système retire alors la copie locale des fichiers les moins consultés et laisse à leur place un fichier fantôme de quelques octets, reconnaissable à la petite icône de nuage dans le Finder.
Time Machine ne télécharge pas ces fichiers pour les sauvegarder. Il archive le fantôme. Un disque de sauvegarde peut donc afficher 400 Go bien remplis tout en ne contenant aucune des présentations expédiées dans le nuage six mois plus tôt. Rien ne signale l’anomalie, ni pendant la sauvegarde ni au moment de la restauration, où le fichier réapparaît à condition que le compte iCloud réponde encore.
Deux vérifications valent le détour. Ouvrir le dossier iCloud Drive dans le Finder et chercher les icônes de nuage avec une flèche : ces documents vivent uniquement en ligne. Un clic droit puis « Télécharger maintenant » les rapatrie. Pour couper le mécanisme à la racine, décochez « Optimiser le stockage du Mac » et laissez macOS redescendre l’intégralité de la bibliothèque, ce qui suppose évidemment d’avoir la place.
Fréquence, taille du disque, chiffrement
Depuis macOS 13 Ventura, le bouton « Options » de Time Machine expose une fréquence réglable :
- automatiquement toutes les heures
- toutes les 24 heures
- toutes les semaines
- manuellement
Le rythme horaire reste le seul qui rende les instantanés vraiment utiles.
Côté capacité, l’usage veut qu’un disque pèse au moins deux fois le volume de données à protéger. En dessous, la fenêtre d’historique fond : avec 500 Go de données sur un disque de 1 To, les sauvegardes mensuelles commencent à disparaître au bout de quelques mois. Time Machine accepte plusieurs destinations et alterne entre elles, ce qui permet d’en garder une débranchée ailleurs.
Dernier point, la case « Chiffrer les sauvegardes » : le mot de passe choisi ne se récupère nulle part. Perdu, il rend le disque illisible aussi sûrement qu’un formatage.
Ce que ni l’un ni l’autre ne rattrapera
Une perte d’accès au compte Apple ferme la porte à tout ce qui vit dans iCloud. Le disque Time Machine, lui, continue de s’ouvrir sur n’importe quel Mac, sauf à en avoir oublié le mot de passe de chiffrement.
Un rançongiciel qui chiffre le disque de démarrage atteint aussi les instantanés locaux et le volume de sauvegarde s’il se trouve branché à ce moment-là. D’où l’intérêt du second disque, gardé hors tension entre deux rotations. La protection de l’intégrité du système, active depuis macOS 10.11, empêche la suppression pure et simple des sauvegardes par un processus tiers, sans rien garantir sur les fichiers eux-mêmes.
Reste le cas le plus banal : un fichier effacé par erreur, remarqué six semaines plus tard. iCloud a refermé sa fenêtre de 30 jours depuis longtemps. Time Machine garde encore la version hebdomadaire de l’époque, à condition que le disque ait été branché cette semaine-là.
La commande tmutil compare permet d’ailleurs de vérifier ce qui sépare l’état actuel du disque de la dernière sauvegarde, fichier par fichier. Sur une machine où « Optimiser le stockage du Mac » travaille depuis des mois, le résultat surprend souvent. C’est le seul moyen simple de savoir ce que contient vraiment le volume de sauvegarde avant d’en avoir besoin. L’exercice prend trois minutes un dimanche soir, contre une soirée entière le jour où le Mac refuse de démarrer.
