Le 25 juin 2026, 17 plaignants ont déposé une nouvelle class action contre Samsung, SK Hynix et Micron devant un tribunal fédéral de Californie du Nord. Ils dénoncent une entente et accusent les trois fabricants d’avoir sciemment restreint la production de mémoire DRAM grand public, en réorientant leurs usines vers la mémoire HBM réservée à l’intelligence artificielle, ce qui aurait fait grimper les prix de près de 700 % en quatre ans. Une accusation quasi identique avait déjà été tranchée par la justice américaine contre les mêmes groupes, quatre ans plus tôt.
Ce que la plainte reproche exactement
Le dossier porte un nom : Garciaguirre v. Samsung Electronics. Il a été confié à la juge Noel Wise, du tribunal fédéral du district Nord de Californie. Le texte invoqué est la section 1 du Sherman Act, le socle du droit antitrust américain. Les 17 plaignants, un mélange de particuliers et de petites entreprises, ciblent trois groupes qui contrôlent à eux seuls près de 90 % du marché mondial de la DRAM (mémoire vive dynamique). Samsung détenait 38 % des revenus mondiaux de ce marché au premier trimestre 2026, selon Counterpoint Research, suivi de SK Hynix avec 29 % et de Micron avec 22 %. La plainte affirme que les trois groupes ont délibérément réduit la production de DDR3 et DDR4 pour privilégier la HBM (high bandwidth memory), plus rentable auprès des clients de l’intelligence artificielle comme Nvidia. Micron dément et affirme qu’il se défendra devant le tribunal, d’après Investor’s Business Daily.
Pourquoi les prix de la mémoire s’envolent-ils ?
La demande liée à l’intelligence artificielle absorbe une part croissante des lignes de production. Les centres de données qui alimentent les modèles d’IA ont besoin de HBM pour équiper leurs accélérateurs graphiques, une mémoire empilée verticalement, bien plus chère à produire que la DRAM classique et vendue avec des marges nettement supérieures. Les trois fabricants ont réorienté leurs capacités dans cette direction. Là où la banque Jefferies anticipe une hausse de 40 à 50 % au troisième trimestre 2026 puis de 30 à 40 % au quatrième, sans amélioration sensible avant 2028, d’autres prévisions, relayées par Clubic, évoquent un retour progressif à la normale dès 2027, pour une hausse limitée à 50 % sur l’ensemble du troisième trimestre 2026. En France, la flambée de la DDR5 a dépassé 290 % sur certaines configurations en moins de six mois.
Un cartel déjà condamné deux fois
Sun Woo Lee dirigeait la division DRAM de Samsung quand la justice américaine l’a condamné, en avril 2006, à huit mois de prison et 250 000 dollars d’amende pour entente sur les prix. Il a ensuite été promu président de Samsung Allemagne en 2009, puis président de Samsung Europe en 2014. Entre juillet 1998 et juin 2002, Samsung, SK Hynix, Micron, Infineon et Elpida avaient coordonné leurs prix et échangé des informations sur leur production ; quatre de ces groupes ont fini par plaider coupable devant le Département américain de la Justice. Infineon a payé 160 millions de dollars en 2004, Hynix 185 millions en avril 2005, Samsung 300 millions en octobre de la même année. Micron, lui, a évité l’amende après avoir coopéré avec les enquêteurs, dans le cadre du programme de clémence du Département de la Justice. La Commission européenne a mené sa propre enquête sur ce même cartel et condamné les fabricants en mai 2010, pour un total dépassant 331 millions d’euros : 145 millions pour Samsung, 51 millions pour Hynix, 57 millions pour Infineon.

Trois fabricants, un marché concentré
| Fabricant | Part du marché DRAM (Counterpoint, T1 2026) | Amende DOJ 2004-2005 | Amende Commission européenne 2010 |
|---|---|---|---|
| Samsung | 38 % | 300 millions de dollars | 145 millions d’euros |
| SK Hynix | 29 % | 185 millions de dollars | 51 millions d’euros |
| Micron | 22 % | Amende évitée (programme de clémence) | Non détaillé dans la décision européenne |
Le précédent qui complique la nouvelle plainte
En avril 2018, le cabinet Hagens Berman avait déjà attaqué Samsung, SK Hynix et Micron pour des faits similaires devant ce même tribunal fédéral. Le prix de la DRAM avait quasiment triplé entre juin 2016 et janvier 2018, un mouvement que la plainte attribuait à une réduction concertée de la production. Le tribunal a rejeté l’action en 2020.
« Plus vraisemblablement explicable par un comportement de marché libre et non concerté que par un accord illégal. »
C’est en ces termes que la cour d’appel du neuvième circuit a confirmé ce rejet en 2022. Contrairement à l’affaire jugée en 2005, la nouvelle accusation ne s’appuie sur aucun document interne ni aveu. Elle repose sur un faisceau d’indices : la mainmise de trois entreprises sur l’essentiel du marché et des marges qui progressent au même rythme dans les trois groupes malgré une pénurie annoncée dès 2024. Un tribunal fédéral a déjà jugé, une fois, que cela ne suffisait pas à prouver une entente.
Ce que ça change pour les acheteurs de Mac et de PC
Apple s’approvisionne auprès des mêmes fabricants pour la mémoire intégrée à ses puces M-série, même si le groupe n’apparaît pas parmi les parties à la procédure. Une hausse durable du coût des composants se répercute historiquement moins sur le prix de base d’un Mac que sur celui des configurations supérieures, là où la marge sur chaque gigaoctet de mémoire unifiée reste la plus confortable. Côté PC assemblé, l’effet se ressent plus vite : les kits DDR5 grand public ont déjà doublé de prix dans plusieurs enseignes françaises depuis le printemps 2026. Aucune prévision publiée ne justifie, pour l’instant, de reporter un achat de mémoire en espérant une accalmie.
Questions fréquentes sur l’entente présumée
La plainte va-t-elle faire baisser le prix de la RAM ? Pas dans l’immédiat. Une class action de ce type prend généralement plusieurs années avant un jugement ou un accord ; celle de 2018 a mis quatre ans avant d’être définitivement rejetée en appel. Une victoire des plaignants sanctionnerait un comportement passé, sans effet automatique sur les prix fixés aujourd’hui par l’offre et la demande.
Que risquent Samsung, SK Hynix et Micron si la justice donne raison aux plaignants ? Des dommages et intérêts calculés sur le surcoût payé par les acheteurs concernés, ainsi qu’une injonction visant à empêcher toute nouvelle restriction concertée de l’offre. En 2005, la même accusation (étayée cette fois par des aveux) avait coûté 300 millions de dollars à Samsung et 185 millions à SK Hynix.
Pourquoi les fabricants ne reviennent-ils pas simplement à la production de DRAM classique ? Convertir une ligne de production DRAM en ligne HBM immobilise l’usine plusieurs mois. Les trois groupes continuent de vendre de la mémoire grand public en quantité réduite par rapport à leurs capacités réelles. Cela suffit à faire grimper les prix sans arrêter totalement la production.
Le dossier a été confié à la juge Noel Wise le 25 juin 2026. Aucune audience n’est encore programmée à ce jour.
