Interface utilisateur d'application AI Dia par Arc. Interface utilisateur d'application AI Dia par Arc.

The Browser Company recrute le chef du design de Safari

photo d'une app

Le 8 janvier 2026, Josh Miller annonce sur LinkedIn l’arrivée de Marco Triverio, designer principal de Safari chez Apple. Le patron de The Browser Company ajoute une précision qui en dit plus que l’annonce elle-même : son entreprise a désormais recruté un designer principal de Safari pour chaque période de design qui recoupe le développement d’Arc puis de Dia, soit de 2020 à 2025.

Un recrutement qui complète une série

Triverio pilotait le design de Safari, le navigateur installé par défaut sur chaque iPhone et chaque Mac vendus. Il rejoint une équipe où figure déjà Charlie Deets, ancien designer d’interface humaine chez Apple.

La formulation de Miller mérite d’être prise au mot. Il ne parle pas d’un recrutement isolé mais d’une collection complète, période par période. Sur cinq ans, de 2020 à 2025, les responsables successifs du design de Safari ont donc tous fini au même endroit : une société new-yorkaise de moins de 100 personnes.

La période couverte correspond exactement à celle d’Arc, dont la première version privée date de 2022 et l’ouverture publique de 2023, puis à celle de Dia, lancé en 2025. Autrement dit, chaque évolution du design de Safari sur ces cinq années a eu son auteur recruté ensuite par l’entreprise qui construisait le concurrent.

Ce que Triverio apporte concrètement

Le design d’un navigateur ne se limite pas à l’apparence des onglets. Il couvre la gestion des fenêtres, le comportement de la barre d’adresse, la hiérarchie des menus contextuels, la manière dont l’historique et les favoris se présentent. Safari sert de référence à des centaines de millions de personnes sur ces questions. Connaître ses arbitrages internes vaut cher pour qui veut proposer autre chose.

The Browser Company n’est plus une start-up indépendante

Un élément de contexte manque souvent dans les reprises de cette annonce. Le 4 septembre 2025, Atlassian a signé le rachat de The Browser Company pour 610 millions de dollars en numéraire. L’éditeur australien de Jira, Confluence et Trello finance l’opération sur sa trésorerie, avec une clôture attendue au deuxième trimestre de son exercice 2026.

L’entreprise continue d’opérer séparément, avec Dia comme unique priorité affichée. Le recrutement de janvier 2026 se fait donc avec le carnet de chèques d’un groupe coté au Nasdaq, ce qui change la nature de la compétition avec Apple sur les salaires. Atlassian a justifié l’opération par un besoin interne : ses propres salariés utilisaient Arc et réclamaient une version compatible avec les exigences d’une entreprise en matière de sécurité et d’administration des postes.

Arc en maintenance, Dia en priorité

Arc, sorti en 2023, avait bâti la réputation de la maison sur un système d’onglets vertical et une personnalisation poussée. En 2025, Miller a annoncé l’arrêt du développement de nouvelles fonctions pour se concentrer sur Dia, un navigateur construit autour de l’assistance par intelligence artificielle.

Les utilisateurs d’Arc ont mal pris la nouvelle. La décision a coûté une partie de la communauté qui avait fait le succès du produit. L’arrivée de Triverio se lit dans ce cadre précis : Dia doit désormais convaincre un public bien plus large que les quelques dizaines de milliers d’adeptes d’Arc.

Ce que cela dit du design chez Apple

Le départ s’ajoute à une liste devenue longue. Jony Ive a quitté Apple en 2019. Alan Dye, responsable du design d’interface humaine, est parti chez Meta en 2025. Evans Hankey, qui avait succédé à Ive au design matériel, est partie en 2023.

Chez Apple, un designer travaille sur un produit utilisé par un milliard de personnes, avec les contraintes qui vont avec : cycles de validation longs, secret imposé, marge de manœuvre réduite sur les choix structurants. Une équipe de 100 personnes offre l’inverse, avec une prise de risque assumée sur la rémunération.

Safari garde ses avantages structurels

Le départ de designers ne menace pas la position de Safari à court terme. Le navigateur reste installé par défaut sur chaque appareil Apple. Le moteur WebKit demeure par ailleurs obligatoire pour tous les navigateurs distribués sur iOS hors Union européenne.

Le règlement européen sur les marchés numériques a ouvert cette porte depuis 2024 : un éditeur peut publier un navigateur doté de son propre moteur dans l’Union. Aucun acteur majeur ne s’est engouffré dans la brèche à grande échelle, tant le coût de maintenance d’un moteur distinct pour un seul marché reste dissuasif.

Dia contre Safari, la comparaison qui tient

Dia vise un usage précis : garder en mémoire le contexte des onglets ouverts pour répondre à des questions qui les traversent. Safari a répondu sur ce terrain avec les « Points forts » introduits dans macOS 26, qui extraient une information utile de la page consultée.

La différence se joue sur l’ampleur. Apple traite ces données localement quand la puce le permet, avec les limites que cela impose. Dia s’appuie sur des modèles distants. Plus capables, nettement plus bavards en matière de données envoyées. C’est sur cet arbitrage, plus que sur la qualité du design d’onglets, que la bataille se tranchera.